Depuis sa mise sur le marché en 1998 par les laboratoires Pfizer, Viagra a connu un franc succès. La célèbre pilule bleue a accompagné efficacement de nombreux hommes devant faire face à des troubles érectiles.

Pour les femmes par contre les traitements leur permettant de profiter pleinement de leur sexualité étaient jusqu’à présent plutôt succincts. Ce manque sera peut-être comblé prochainement. Un « viagra féminin » vient tout juste d’être autorisé à la commercialisation aux USA. Bientôt disponible en Europe ? Pas si sûr…

Le manque de désir enfin résolu ?

C’est mardi dernier, le 18 août 2015, que la FDA (Food and Drug Administration), l’équivalent de l’Agence Européenne du Médicament, a finalement donné son accord pour commercialiser l’Addyi, le nouveau médicament des laboratoires Sprout pharmaceuticals qui est déjà présenté comme le « viagra pour femmes ».

L’Addyi serait destiné aux femmes non ménopausées souffrant de troubles de la sexualité. La pilule aurait pour objectif de donner un second souffle à celles qui pâtissent d’une sexualité défaillante. Et visiblement les femmes concernées par ces troubles du désir sexuel seraient nombreuses : presque une sur deux. Diverses études auraient en effet démontré que plus de 40 % des femmes non ménopausées présentent à différents degrés des soucis d’hypoactivité sexuelle n’ayant aucune interaction avec la prise de médicament ni de relation avec un problème biologique ou physiologique.

Après deux refus, en 2010 et 2013, les laboratoires Sprout pharmaceuticals viennent donc d’obtenir l’autorisation de mise sur le marché délivrée par la FDA : les premières ventes sont autorisées pour le 17 octobre.

Une solution controversée

Si le feu vert vient finalement d’être octroyé ce n’est pas sans réserve. Le laboratoire doit en effet prendre différentes mesures notamment au niveau de l’emballage afin de sensibiliser les patientes sur les risques secondaires du traitement.

Et le moins que l’on puisse dire c’est que ces effets indésirables sont vraiment nombreux, dangereux et fréquents : nausées, chute importante de la tension artérielle, syncope, somnolence ont été observés chez une femme sur cinq. Pire, ces effets secondaires sont accentués en cas de consommation d’alcool ou de prise de certains médicaments.

A ces « inconvénients » s’ajoutent des résultats sur la libido plutôt relatifs : seulement 10 % des femmes réagiraient de manière significative à la flibansérine, le principe actif du médicament. Au final, on peut donc dire que bien peu de femmes constatent une amélioration de leur sexualité.

Rien à voir avec les effets du sildénafil, la molécule du viagra masculin. Et quand on y réfléchit un peu plus, on se rend compte que les deux médicaments n’auraient en réalité pas grand chose en commun : l’un agit de manière purement mécanique en augmentant l’afflux sanguin afin de faciliter l’érection chez l’homme tandis que l’autre agirait sur l’envie via la sérotonine qui joue elle-même un rôle considérable dans divers fonctions physiologiques. L’un est à prendre de manière ponctuelle avant un rapport sexuel tandis que l’autre est un traitement de fond à prendre tous les jours. Les deux molécules auraient par contre été découvertes par accident : celle du viagra (sildénafil) était à l’origine prévue pour le cœur, l’utilisation de la flibansérine était initialement envisagée pour un antidépresseur.

De toute évidence, il semblerait que des efforts soient encore à faire pour comprendre le fonctionnement complexe du désir féminin afin de proposer une pilule rose plus efficace et moins dangereuse.